Le nombre d’entreprises en difficulté en France connaît une hausse marquée depuis plusieurs années. Après une période artificiellement stabilisée par les aides exceptionnelles liées à la crise sanitaire, la réalité économique s’impose désormais avec force. Les tensions de trésorerie, les retards de paiement et l’augmentation des charges fragilisent durablement de nombreuses structures.
Toutes les entreprises ne sont toutefois pas exposées de la même manière. Selon leur secteur d’activité, leur modèle économique et leur dépendance aux encaissements, certaines sont beaucoup plus vulnérables. Analyser les secteurs les plus touchés permet de mieux comprendre les mécanismes à l’œuvre et d’anticiper les risques.
Pour aller plus loin, voici une vidéo sur le sujet.
1. Entreprise en difficulté : une tendance en forte hausse en France
1.1 Une progression confirmée par les chiffres
Les données publiées par la Banque de France, l’INSEE et les études du cabinet Altares confirment une augmentation rapide du nombre d’entreprises en difficulté. En 2024, près de 74 000 entreprises ont fait l’objet d’une procédure collective (redressement ou liquidation judiciaire), contre environ 56 000 en 2023, soit une hausse d’environ 32 % en un an.
Cette progression dépasse désormais les niveaux observés avant la crise sanitaire, confirmant un phénomène structurel plutôt qu’un simple ajustement conjoncturel.
1.2 Une fragilité concentrée sur les PME et TPE
Plus de 90 % des entreprises concernées sont des PME ou des TPE. Ces structures disposent généralement de marges financières limitées et d’une trésorerie plus sensible aux retards de paiement, ce qui explique leur vulnérabilité face aux chocs économiques.
2. Pourquoi certaines entreprises deviennent plus vulnérables que d’autres
2.1 Une trésorerie sous tension permanente
Dans la majorité des cas, une entreprise en difficulté n’est pas une entreprise sans activité. Beaucoup sont rentables sur le papier, mais souffrent d’un décalage entre encaissements et décaissements. L’allongement des délais de paiement et la hausse des charges pèsent directement sur la trésorerie disponible.
Un article est disponible sur ce thème : Lisez ici.
2.2 Une exposition directe aux comportements de paiement
Les entreprises situées en bout de chaîne économique subissent directement les arbitrages de paiement de leurs clients. Lorsqu’un donneur d’ordre retarde ses règlements, c’est l’ensemble des fournisseurs qui se retrouvent fragilisés. Ce mécanisme explique en grande partie la concentration sectorielle des entreprises en difficulté.
3. Les secteurs d’activité les plus exposés aux entreprises en difficulté
3.1 Répartition sectorielle des entreprises en difficulté en France (2024)
Étude Altares
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Selon l’étude Altares, la répartition des entreprises en difficulté par secteur est la suivante :
Services aux entreprises : environ 18 000 entreprises, soit 25 % du total
Construction (BTP) : environ 16 200 entreprises, soit 22 %
Commerce (détail et gros) : environ 15 000 entreprises, soit 20 %
Hôtellerie – restauration : environ 9 300 entreprises, soit 13 %
Industrie : environ 6 000 entreprises, soit 8 %
Autres secteurs : environ 9 500 entreprises, soit 12 %
Ces quatre premiers secteurs concentrent à eux seuls plus de 60 % des entreprises en difficulté en France.
Le bâtiment et les travaux publics (BTP)
Le BTP figure historiquement parmi les secteurs les plus exposés. Les entreprises doivent avancer des coûts importants (main-d’œuvre, matériaux) alors que les paiements interviennent souvent tardivement. Les retards de règlement fragilisent rapidement la trésorerie, en particulier chez les artisans et PME.
Le phénomène est accentué par un fort effet domino : la difficulté d’un acteur se répercute immédiatement sur ses sous-traitants.
Le commerce et la distribution
Le commerce subit une pression constante sur ses marges. La baisse de la consommation, la concurrence accrue et le poids des charges fixes laissent peu de capacité d’absorption face aux retards de paiement.
Dans ce secteur, une baisse d’activité combinée à des stocks immobilisés peut rapidement placer une entreprise en difficulté.
L’hôtellerie-restauration
Malgré une reprise partielle, l’hôtellerie-restauration reste très fragile. Les charges élevées, la saisonnalité et la pénurie de main-d’œuvre réduisent les marges de manœuvre financières.
De nombreux établissements disposent de peu de réserves, ce qui explique leur forte exposition aux incidents de trésorerie.
Les services aux entreprises
Souvent perçus comme plus résilients, les services aux entreprises représentent pourtant le premier secteur en volume d’entreprises en difficulté.
Leur modèle repose fréquemment sur des facturations mensuelles avec des délais de paiement longs. La dépendance à quelques clients clés accentue le risque.
4. Entreprise en difficulté : des signaux d’alerte communs à tous les secteurs
4.1 L’allongement des délais de paiement
L’un des premiers signaux observables est l’augmentation des délais de paiement.
Un client qui paie de plus en plus tard, sans justification claire, peut être lui-même confronté à des difficultés financières.
4.2 Une dépendance excessive à certains clients
De nombreuses entreprises fragilisées dépendent d’un nombre restreint de donneurs d’ordre.
La défaillance ou le retard prolongé d’un seul client peut suffire à déséquilibrer l’ensemble de la trésorerie.
5. Anticiper les difficultés pour limiter les risques
5.1 Adapter ses pratiques commerciales selon les secteurs
Connaître les secteurs les plus exposés permet d’adapter les conditions de paiement, les modalités de facturation et le suivi client. Cette approche sectorielle constitue un levier essentiel de prévention.
5.2 Structurer le suivi du poste client
Certaines entreprises choisissent de sécuriser leur trésorerie en structurant le suivi de leurs créances, en surveillant les comportements de paiement et en intervenant dès les premiers retards.
D’autres s’appuient sur des partenaires spécialisés dans la gestion des impayés et la prévention du risque client, comme CBS Groupe ETIC, afin de réduire leur exposition aux entreprises en difficulté clientes.
La hausse du nombre d’entreprises en difficulté en France s’explique par un contexte économique tendu, mais aussi par des fragilités structurelles propres à certains secteurs. Les services aux entreprises, le BTP, le commerce et l’hôtellerie-restauration concentrent aujourd’hui la majorité des procédures collectives.
Identifier ces dynamiques sectorielles permet aux dirigeants d’anticiper les risques, d’adapter leurs pratiques et de mieux sécuriser leurs encaissements dans un environnement économique incertain.
FAQ
1) Comment reconnaître une entreprise en difficulté ?
Une entreprise en difficulté est confrontée à des tensions financières durables, souvent liées à la trésorerie et aux retards de paiement.
2) Quels secteurs sont les plus touchés en France ?
Les services aux entreprises, le BTP, le commerce et l’hôtellerie-restauration.
3) Les entreprises rentables peuvent-elles être en difficulté ?
Oui. Une rentabilité comptable ne garantit pas une trésorerie suffisante.
4) Les retards de paiement jouent-ils un rôle central ?
Oui. Ils constituent l’un des principaux facteurs de fragilisation des entreprises.
5) Comment réduire son exposition aux entreprises en difficulté clientes ?
En surveillant les comportements de paiement, en structurant le suivi du poste client et en agissant rapidement.



